Petite histoire: Junon, George Clooney et les Gaulois

(Ou Astérix chez les Romains)

Juno_sospita

Junon, sous son aspect protecteur.

Junon est la déesse romaine que je préfère. J’en parle aujourd’hui parce que hier soir, ma conjointe regardait le film Ocean’s Twelve et parce que l’on a parlé de déménagement au bureau aujourd’hui. Si vous continuez à lire, vous verrez le lien.
Junon est l’une des trois divinités principales des habitants de Rome lors des premières décennies de la République – bien avant l’Empire, on parle d’une époque où Rome n’est qu’une ville qui compétitionne ou collabore avec d’autres cités de la région. Les deux autres divinités principales sont Minerve et Jupiter. Deux femmes, un homme, en passant. Pas inhabituel de voir des divinités féminines au pouvoir un peu partout, à l’époque. Ça change un peu plus tard…
Comme les deux autres, les Romains ont emprunté Junon à leurs voisins les Étrusques. Ceux gens-là ont une histoire mouvementée avec les Romains et ces derniers ont un sacré complexe d’infériorité à leur égard (tout-à-fait justifié d’ailleurs). Mais à la fin du 5e siècle avant J.-C., les Romains ont pris de l’assurance et assiègent la ville étrusque de Veii (Véies). Selon la légende (colportée par l’historien Titus Livius Patavinus), le siège dure dix ans. Veii est puisamment fortifiée. Le siège de la ville ne fait qu’augmenter la ferveur religeuse des habitants de la ville, qui font leurs sacrifices au temple de Junon, espérant que la déesse les protègent des Romains. La ville tient le coup.
Les Romains sont au courant de cela et décident qu’ils devront laisser tomber leur projet si Junon continue d’accorder sa faveur aux Étrusques. À la 10e année du siège, le chef romain Furius Camillus organise un sacrifice à Junon et promet officiellement à la déesse que si la ville tombe, un temple magnifique sera construit à Rome, où elle pourra habiter. Il espère que Junon se laissera tenter par le marché.
Alors que Camillus est toujours général (les Romains changeaient annuellement leurs deux généraux), ses troupes arrivent à se glisser dans un passage qui passe sous les murs. Les défenseurs sont pris par surprise et la ville tombe en un jour, après 10 ans de siège. Pas de doute, Junon s’est laissée corrompre.
Les Romains tiennent leurs promesses. Un temple magnifique est dédié à Junon à Rome. La statue de la déesse est soigneusement retirée du temple à Veii, maquillée et habillée comme une reine, puis paradée jusqu’à sa nouvelle résidence sur la colline du Capitoline à Rome, un trajet de 16 km. C’était en 396.
Six ans plus tard (ou peut-être neuf ans… toujours les problèmes de dates), une armée gauloise descend du Nord, passe au travers d’une armée romaine comme si Obélix était à leur tête et envahit Rome elle-même. Les survivants se réfugient sur le Capitoline et se barricadent comme ils peuvent, profitant des escarpements et de la présence de plusieurs gros bâtiments qui peuvent servir de remparts. Les Gaulois attaquent, mais sont repoussés. Les Romains peuvent souffler un peu et regarder d’en haut les barbares piller leurs demeures.
Après quelques jours, un chef Gaulois décide d’essayer à nouveau de prendre la colline. Peut-être pour mettre la main sur le contenu des temples qui s’y trouvent, mais on peut aussi imaginer que c’est le résultat d’un pari avec un autre chef après une soirée trop bien arrosée. Il rassemble ses hommes et en pleine nuit, escalade sans bruit la falaise à un endroit qui lui semble favorable, juste en dessous d’un grand temple.
Le temple en question est celui de Junon. Outre la fameuse statue, s’y trouvent plusieurs oies sacrées. Celles-ci ont l’oreille fine et n’aiment pas les surprises nocturnes. Les Romains sont réveillés par des cris d’oies indignées, à temps pour faire rouler des pierres en direction des alpinistes amateurs. Ceux-ci n’insistent pas. Après avoir permis la chute de Veii, Junon sauve les survivants de Rome. Les Gaulois partent éventuellement, laissant derrière eux des Romains passablement traumatisés par l’expérience. Il faudra 350 ans aux Romains pour battre une armée gauloise, mais ça c’est une autre histoire (écrite par un certain Jules César).
La fameuse statue de Junon a été détruite depuis, je n’ai pas encore réussi à trouver quand au juste. Mais en souvenir de cette nuit noire où les féroces Gaulois ont été repoussés par des palmipèdes, certaines statues représentent Junon avec des oies. On voit l’une de ces statues dans Ocean’s Twelve parmi d’autres statues, dans la salle des rayons infrarouges que doit traverser l’adversaire de Danny Ocean (George Clooney) François Toulour pour voler l’œuf Fabergé.
Dans le film, le personnage de Toulour vient de France, comme les Gaulois qui ont mis Rome à sac. La déesse a laissé passer celui-là sans rien dire.

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